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Le phénomène

 

 

Comment se manifeste-t-il ?

Les mouvements de terrain sont des déplacements, plus ou moins brutaux, du sol ou du sous-sol. Ils dépendent de la nature et de la disposition des couches géologiques et leurs formes varient en fonction des mécanismes qui sont à leur origine : lents processus d’érosion et de dissolution ou ruptures et déformations brutales. Leur origine peut être naturelle ou résulter d’activités humaines.

Saint-Julien-en-Beauchêne, 2013 (RTM 05)

Les volumes en jeu dans les mouvements de terrain vont de quelques mètres cubes à quelques millions de mètres cubes. Les déplacements peuvent être lents (quelques millimètres par an) ou très rapides (quelques centaines de mètres en quelques secondes).
Les mouvements lents entraînent une déformation progressive des terrains pas toujours perceptible par l’homme : les bâtiments se fissurent. Des désordres qui peuvent se révéler si graves pour la sécurité des occupants que la démolition des bâtiments s’impose. Ils touchent majoritairement les biens.
En revanche, les mouvements rapides causent principalement des dommages humains avec des conséquences souvent dramatiques. Ces mouvements ont aussi des conséquences sur les infrastructures (bâtiments, voies de communication…), allant de la dégradation à la ruine totale.

Bien qu’ils puissent paraître moins graves que les inondations et les séismes, les mouvements de terrain représentent un risque important car ils sont fréquents et diversifiés. Surtout, ils touchent d’importantes étendues géographiques.

La quasi totalité du département des Hautes-Alpes est concernée par les mouvements de terrain, essentiellement sous forme de chutes de blocs et de glissements de terrain. Ces derniers affectent souvent de vastes versants relativement stabilisés mais susceptibles d’être remis en mouvement (prédominance de roches tendres à forte proportion d’argile). Les chutes de blocs et les éboulements touchent notamment certains axes de circulation (Méouge, Guil, Valgaudemar, Romanche).

On peut distinguer des formes de mouvements de terrain différentes en fonction de la nature du relief et du mode de déplacement des terrains :

Les mouvements lents et continus

Il s’agit de déplacements par gravité à vitesse très lente (de quelques millimètres à quelques mètres par an), en plaine ou sur des versants instables. Il n’y a pas ici de rupture ou d’accélération brutale. Mais les épaisseurs de terrains concernées sont parfois importantes (plusieurs dizaines de mètres). On remarque ces types de mouvements de terrain grâce à la présence d’affaissements au bord des routes, de bourrelets dans le sol, d’arbres ou de poteaux penchés, de fissures dans les maisons. Ces déplacements restent souvent lents pendant des siècles, puis peuvent s’accélérer brutalement.

En janvier 1994, d’importantes précipitations ont provoqué de nombreux mouvements de terrain dans les Hautes-Alpes, y compris dans des endroits où les terrains n’étaient pas réputés instables. C’est un bon rappel de la nécessité d’être prudent et de respecter les règles de construction.

On peut distinguer :

  • les affaissements au-dessus des cavités souterraines

Ils sont liés à l’évolution dans le temps de vides souterrains, avec des désordres plus ou moins importants en surface. Dans le cas de ces affaissements, il s’agit de simples dépressions topographiques dues aux tassements des sols. Il n’y a pas d’effondrement car elles sont amorties par le comportement souple des couches superficielles.

Les cavités souterraines peuvent être soit :
- liées uniquement à des mécanismes naturels, comme par exemple la dissolution de matériaux solubles (calcaire, sel, gypse, etc.). D’où le phénomène de karstification (grottes, avens, boyaux…), dont la rapidité et l’importance dépendent du contexte hydrogéologique ;
- consécutives à des travaux de l’homme, comme les carrières et mines anciennement exploitées puis abandonnées.

  • Les tassements et les affaissements de sol

Certains sols compressibles peuvent se tasser sous l’effet de surcharges (constructions, remblais) ou en cas d’assèchement (drainage, pompage). Ces sols comportent souvent des vases ou des tourbes.

Les mouvements rapides et discontinus

Ces mouvements de terrain sont caractérisés par leur brutalité. On distingue :

  • Les effondrements de cavités souterraines

Comme les affaissements, ils sont liés aux désordres engendrés par l’évolution dans le temps de vides souterrains. Ici, la rupture du toit des cavités souterraines n’est pas compensée par les terrains de surface : elle provoque donc de véritables effondrements, avec la formation de cratères (fontis).
Les cavités souterraines peuvent être d’origine naturelle ou consécutive aux travaux de l’homme (carrières et mines). Ainsi, certains risques d’effondrement sont liés à l’existence d’anciens sites miniers : le bassin houiller (essentiellement dans le briançonnais) renferme d’importants dépôts d’anthracite qui ont été exploités de manière artisanale à partir du 19ème siècle. Cette exploitation s’est arrêtée vers le milieu du 20ème siècle. D’où un risque très localisé d’effondrement de terrain par rupture des structures souterraines (rupture des anciens orifices miniers ou éboulement des galeries isolées). Les mines n’étant plus exploitées, ces risques ont été intégrés dans les risques naturels. Ce risque minier concerne les communes de l’Argentière, Aspres-les-Corps, Briançon, Monetier-les-Bains, Nevache, Puy-St-André, St-Chaffrey, St-Crepin, La-Salle-les-Alpes, les Vigneaux, Villard-St-Pancrace.

Exemple historique : en 1788, à Ceillac, une maison a été endommagée par un effondrement gypseux. Un lac de 40 mètres de diamètre s’est formé à cette occasion.

  • Les glissements de terrain par rupture d’un versant stable
Glissement de terrain, Ristolas, 16 juin 2009 (RTM 05)

Il s’agit de déplacements de masses de terrain, au volume et à l’épaisseur variables, généralement lents (quelques millimètres à quelques mètres par jour), sur une pente, le long d’une surface de rupture identifiable. Les conditions d’apparition de ces glissements sont liées à la nature et à la structure des terrains, à la morphologie du site et à la pente. Les facteurs déclenchants sont naturels (fortes pluies, effondrements de cavités affectant un versant, séisme) ou anthropiques (travaux de terrassement, déboisements importants…). Les types de glissements sont extrêmement nombreux. Ils peuvent être très localisés ou affecter la totalité d’un versant. Ils peuvent être superficiels ou en profondeur, ce qui les rend difficilement détectables dans ce dernier cas.

Quelques épisodes marquants dans les Hautes-Alpes :
en 1994, à Montclus, un glissement de terrain dans le hameau du Champ du Meunier a endommagé 9 habitations.
En 1981, un glissement a emporté l’immeuble Le Lys des Alpes à Pelvoux et a fait 4 victimes.
En 1932 à Réallon, 2 maisons ont aussi été détruites. On peut encore voir leurs ruines. Mais c’est le glissement de terrain de 1886 qui a fait le plus de dégâts dans cette commune : 3 maisons ensevelies, 9 victimes et 1 blessé

  • Les coulées boueuses

Elles sont caractérisées par un transport de matériaux sous forme plus ou moins fluide. Les coulées boueuses se produisent sur des pentes, par dégénérescence de certains glissements qui se liquéfient. À ne pas confondre avec les laves torrentielles qui sont liées aux inondations.

  • Les éboulements de falaise et les chutes de blocs
La Chapelle, mai 2012 (RTM 05)

L’évolution des falaises et des versants rocheux engendre des chutes de pierres, de blocs ou des écroulements en masse (volume pouvant atteindre plusieurs millions de m3). L’érosion est un facteur important dans leur apparition.

Quelques exemples marquants d’éboulements dans les Hautes-Alpes témoignent de l’importance de ce phénomène :
en 1986, à Châteauneuf-de-Chabre, un éboulement rocheux a fait une victime, mortellement blessée.
En 1963, à Montgenèvre, un bloc d’1 m3 a traversé la RN94 et emporté dans sa chute trois arbres et deux poteaux EDF et Telecom.
En 1954, sur la route du Col de Cabre à La Beaume, la RN 93 a été coupée sur près de 70 mètres par 4 000 m3 de pierres et de blocs.
En 1951 à Briançon, le bâtiment de la Croix de Toulouse a été détruit par un éboulement.
En 1870, 15 maisons ont été écrasées par un éboulement à Orpierre. Heureusement, leurs habitants participaient à la veillée… à l’autre bout du village.



Gorges du Guil, 2 avril 2009 (RTM 05)

Chutes de blocs, 2 avril 2009, communes de Arvieux, Eygliers, Guillestre, combe du Queyras, Gorges du Guil :
Chute de blocs sur l’ensemble du CD 902 dans les gorges du Guil. De nombreux endroits ont été impactés, allant de quelques pierres à des masses mobilisant plusieurs centaines de tonnes.
Sites remarquables (liste non exhaustive) :
Arvieux : un éboulement avec un bloc de 200 Tonnes étalé sur toute la largeur de la chaussée, un bloc à l’amont de 500 Tonnes.
Eygliers - aval tunnel (alt. 1095m) : environ 10 Tonnes de blocs en travers de la chaussée.
Guillestre - Roches violettes (alt. 1900m) : 1 bloc d’environ 30 Tonnes.