Contenu

Le phénomène

 


 

Comment se manifeste-t-il ?

Serres, crue du Buëch, 27 novembre 2012 (RTM 05)

Une inondation est une montée des eaux, plus ou moins rapide, dans une zone habituellement hors d’eau. Le risque inondation est la conséquence de deux composantes : l’eau qui peut sortir de son lit habituel d’écoulement ou remonter en surface et l’homme qui s’installe dans la zone inondable avec toutes sortes de constructions, d’équipements et d’activités.
Parmi les différents types d’inondation décrits ci-après, les plus fréquemment rencontrés dans les Hautes-Alpes sont les crues torrentielles, en raison de la géographie montagneuse du département. Elles concernent la quasi totalité des communes des Hautes-Alpes. Ces crues torrentielles peuvent prendre des formes plus ou moins extrêmes selon la taille et la pente du cours d’eau ou selon la dimension du bassin versant : crues de rivières torrentielles ou laves torrentielles.
D’une manière générale, les différents types d’inondations qui peuvent se produire sont influencés par les caractéristiques des cours d’eau, l’urbanisation et les aménagements effectués par l’homme, tant dans le cours d’eau lui même que dans l’ensemble du bassin versant.

Dans les Hautes-Alpes, les inondations de plaine sont principalement liées à la Durance. Les autres cours d’eau importants (Clarée, Guisane, Guil, Drac) ont un régime intermédiaire aux torrents : on les appelle « rivières torrentielles ».

La montée lente des eaux

La Salle, 26 mai 2008 (RTM 05)

Les inondations de plaine

Les inondations de plaines sont dues à un débordement de cours d’eau de faible pente. Une rivière sort de son lit mineur lentement et peut inonder la plaine environnante pendant une période relativement longue. La rivière occupe alors son lit moyen puis éventuellement son lit majeur. Ces phénomènes peuvent généralement être annoncés à l’avance à la population, sauf si une rupture de digue se produit.

Les remontées de la nappe phréatique
Suite à des pluies importantes et durables le niveau des nappes phréatiques peut monter. Une inondation spontanée se produit lorsque la nappe affleure un terrain, bas ou mal drainé, saturé d’eau. Ce phénomène peut perdurer.

La formation rapide de crues torrentielles

Ce phénomène se rencontre dans toutes les zones montagneuses. Lorsque des précipitations intenses tombent sur tout un bassin versant, les eaux ruissellent et se concentrent rapidement dans le cours d’eau, d’où des crues brutales et violentes. Le lit du cours d’eau peut être rapidement encombré par le dépôt de sédiments ou la formation de barrages de bois morts, appelés embâcles. Lorsqu’ils viennent à céder, ils libèrent une énorme vague qui peut être mortelle. Ces crues torrentielles peuvent être aggravées, à la sortie de l’hiver, par la fonte des neiges. Les crues torrentielles représentent un risque important pour la majorité des communes des Hautes-Alpes. Elles peuvent prendre des formes différentes, avec des dégâts humains et matériels plus ou moins graves.

L’ampleur des inondations est liée à l’intensité et à la durée des précipitations, à la taille et à la pente des bassins versants, à la présence d’une couverture végétale, à la capacité d’absorption du sol, mais aussi à la présence d’obstacles à la circulation des eaux.

Crue torrentielle sur la commune de Serres, violent orage de pluie et de grêle du 24 mai 2012
La commune de Serres a subi le passage d’un violent orage de pluie et de grêle le jeudi 24 mai 2012 de 17 h 45 à 20 h 30. Des crues torrentielles de nombreux torrents et ravins et plusieurs mouvements de terrain se sont manifestés suite à ce phénomène.

Les crues torrentielles des rivières et torrents

Vars, 10 juillet 2010 (RTM 05)

Elles sont provoquées par les cours d’eau de pente moyenne. La rivière ou le torrent sort de son lit mineur pour occuper son lit majeur, sauf que le lit mineur a été profondément remanié à la suite des fortes crues : il peut être soit exhaussé, soit creusé, voire déplacé. Les vitesses d’écoulement élevées et la rapide montée des eaux peuvent entraîner l’affouillement et l’érosion des berges, ou la destruction de bâtiments. La crue liquide s’accompagne parfois d’une « crue solide », avec le transport de matériaux plus ou moins nombreux et volumineux, ce qui accroît les risques de dégâts matériels. Ces matériaux ont été arrachés des berges par la force du courant ou apportés sur le bassin versant par un ruissellement important. Les inondations des torrents se produisent le plus souvent sur la partie basse de leur cours, peu avant leur confluence avec la rivière principale.
Cette partie basse est appelée cône de déjection. Lorsque celui-ci est habité, les bâtiments y sont très vulnérables et les conséquences des fortes crues peuvent être redoutables.

Exemples de crues torrentielles marquantes :
En 1380, 22 personnes noyées lors de la crue du Drac Blanc à Champoléon.
Le 24 juillet 1995, suite à de violents orages, s’est produit à La Salle-les-Alpes une crue du torrent du Bez qui a marqué les mémoires. Cette même année, les communes de Saint-Chaffrey et Saint-Martin-de-Queyrières ont aussi été touchées par des crues torrentielles. Au total, 3 personnes ont été blessées, 34 habitations endommagées et 53 véhicules détruits.
En 2000, dans le Queyras, la crue du Guil a engravé un camping et coupé une route.
Dans la nuit du 23 au 24 octobre 2006, des pluies soutenues sur un sol déjà saturé ont entraîné des crues de torrents au coeur du massif des Ecrins : le Réallon à Réallon, le Drac noir et le Drac blanc dans le Champsaur, la Séveraisse dans la vallée du Valgaudemar. Dans ces différentes
vallées, les dégâts importants (routes coupées, ponts endommagés, pistes emportées) ont nécessité des travaux d’urgence dans les nombreuses communes concernées.
Crues de 2008 : les mois d’avril et mai 2008 ont été exceptionnellement pluvieux dans les Hautes-Alpes ; pendant près de trois semaines, les précipitations ont été quasi journalières et parfois fortes. Ceci a contribué à saturer les terrains. Vers le début du mois de mai, ce contexte difficile s’est combiné avec un fort réchauffement, y compris à haute altitude, ce qui a provoqué une fonte très rapide du manteau neigeux qui, cette année-là, était très important. La simultanéité de ces deux phénomènes a provoqué des inondations fortes dans la partie haute du bassin versant de la Durance (Clarée, Guisane, Queyras) et des problèmes de lâchers de barrage sur Serre-Ponçon, la retenue n’étant plus suffisante pour écrêter le niveau entrant dans le lac. Pour la première fois depuis la construction du barrage, des inondations se sont donc produites entre Serre-Ponçon et Sisteron. L’arrêt des précipitations au bout de quelques jours d’ouverture du barrage a permis de contenir la gravité de cet épisode à un niveau de périodicité estimé à cinquantenaire.

Abriès, crue du Bouchet, mai-juin 2008 (RTM 05)

La particularité des laves torrentielles
Lorsque le charriage de matériaux par une crue torrentielle devient trop important, la crue évolue en lave torrentielle. Ce phénomène est spécifique aux torrents de montagne. Les laves torrentielles se déclenchent sur des pentes très fortes et sont capables d’exhausser le lit du cours d’eau d’un mètre ou deux, mais aussi de rejeter l’eau vers des terrains qui, avant la crue, semblaient hors de portée d’une crue. L’affouillement des berges, par ravinement ou encaissement, peut également être spectaculaire. Les petits bassins versants (de quelques km3 à quelques dizaines de km3) sont particulièrement vulnérables à ce risque : ils peuvent produire des crues à laves torrentielles d’une force et d’un volume considérables. Cela représente un risque extrêmement grave car ces crues peuvent toucher des zones habitées. Les calculs hydrauliques classiques sont insuffisants pour prévoir ces crues et leur portée. En revanche, il est utile d’étudier la nature et l’état des terrains, ainsi que les archives et les photographies aériennes qui gardent la mémoire d’épisodes passés de laves torrentielles.

Aussi loin que remonte la mémoire des Hautes-Alpes on trouve le souvenir de crues notables :
En 1286, à la Roche-de-Rame, la crue de la Durance détruisit le village de Rame.
En 1728, les deux tiers des maisons d’Abriès ont été submergés par la crue du Bouchet, qui a également englouti l’église.
En 1928, la crue du Fournel à l’Argentière-la-Bessée a endommagé les usines, la voie ferrée, tout en « engravant » toute la basse vallée du Fournel.
En 1957, la population de Ceillac a du être évacuée par hélicoptère à cause de la crue du Cristillan.
En 1957, la crue du Guil et de ses affluents dans le Queyras a provoqué des dégâts majeurs : routes et lignes EDF coupées, 2 hangars emportés, 12 ponts détruits, 32 ha de terres emportés. Des photographies aériennes ont été prises lors
de ces évènements. Elles permettent aujourd’hui de mieux cerner les risques existants.
En 1981, à St-Chaffrey, la lave torrentielle du Verdarel a causé des dégâts très importants.
En 1987, la crue de lave du Sapenier à Pelvoux a endommagé le camping de Freyssinet : 10 voitures ont été engravées, une passerelle a été emportée.

Le ruissellement pluvial urbain

Lors de pluies à forte densité, par exemple des orages violents, la capacité d’infiltration ou d’évacuation des sols et du réseau de drainage peut devenir insuffisante. Les pratiques agricoles peuvent ainsi limiter l’infiltration et augmenter le ruissellement. En zone urbanisée, ce phénomène est aggravé par l’imperméabilisation des sols et l’urbanisation (parkings, chaussées, toitures…), qui font obstacle à l’écoulement des pluies intenses. Cela occasionne la saturation et le refoulement du réseau d’assainissement des eaux pluviales. L’eau envahit alors les rues rapidement, parfois en moins d’une heure. Les dommages sur les personnes sont généralement peu importants, mais les dégâts matériels peuvent être de grande ampleur : inondations de caves, garages, parkings…
Les communes les plus soumises à ce risque sont les communes les plus densément peuplées.

En 1960, une crue de la Luye, renforcée par le ruissellement urbain, a inondé les bas quartiers de Gap : 11 familles ont été évacuées, l’usine Charmasson a été inondée, la RN 94 coupée.
En 1985, toujours à Gap, suite au dégel et à de violentes chutes de pluie, des habitations ont été inondées, des routes coupées, des terrains emportés.
Ce type d’inondation s’est reproduit à Gap en décembre 2000.